HOMMAGE

Robert Mugabe : Héros national du Zimbabwe

Personnalité emblématique de l’ancienne Rhodésie du Sud, il conduit son pays vers l’indépendance, grâce à un parcours atypique et des qualités personnelles hors du commun. Personnage intriguant, à la politique incomprise, l’ancien chef d’Etat a conquis le respect de l’Afrique. HAR vous conte l’histoire d’un héros national.   

Il était l’une des dernières figures des décolonisations en Afrique, l’ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe, est mort vendredi 6 septembre 2019. Annoncée sur Twitter par le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, la nouvelle a très vite fait boule de neige. En quelques heures la communauté internationale s’est émue de l’affaire. L’ex-chef d’Etat, âgé de 95 ans, était hospitalisé à Singapour depuis le mois d’avril. La maladie l’emporte au crépuscule d’une vie remplie. Une vie personnelle et politique qui lui a permis d’entrer dans l’histoire du Zimbabwe.

Robert Gabriel Mugabe naît le 21 février 1924 à Kutama, à 80 km au nord-ouest d’Harare,  en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe), une colonie britannique. Il n’a que 10 ans lorsque son père disparaît en abandonnant sa famille. Celle-ci vit alors dans une mission catholique, où le jeune Mugabe poursuit sa scolarité avant d’aller au collège de Kutama, avec l’objectif de devenir enseignant.

Il part ensuite à Fort Hare, en Afrique du Sud, pour étudier l’anglais et l’histoire. Il y rencontre plusieurs personnalités du nationalisme africain, qui, quelques années plus tard, dirigeront leurs pays. Le cas de Julius Nyerere, qui présidera la Tanzanie. Il enseigne pendant trois ans à Lusaka, capitale de l’ex-Rhodésie du Nord, puis à Accra au Ghana, première colonie d’Afrique ayant accédé à l’indépendance, où il s’éprend d’une collègue, Sally Hayfron, sa première femme, qu’il épouse en 1961.

Il est alors imprégné par l’idéologie marxiste et le nationalisme africain. En 1963, il crée son propre parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), issu de l’Union du peuple africain au Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo. Ces mouvements sont favorables à l’indépendance de la Rhodésie pour se libérer du pouvoir des colons britanniques blancs minoritaires. En 1964, Robert Mugabe est emprisonné avec d’autres activistes pour ses propos critiques à l’égard du régime. Durant son incarcération, il passe des diplômes par correspondance, notamment en économie et en droit.

En privé

En 1961, il épouse Sally Hayfron, avec qui il a un fils, Michael Mugabe (1963-1966). Il est emprisonné lorsqu’il apprend la mort brutale de son fils âgé de trois ans. Il demande une dérogation pour assister aux obsèques, mais le régime de Ian Smith la lui refuse.

Alors qu’il est toujours marié à Sally Hayfron, il commence en 1987 une relation extra-conjugale avec sa secrétaire, Grace Marufu. Celle-ci donne naissance à une fille, Bona (née en 1988), et à un garçon, Robert (né en 1990). En 1996, quatre ans après la mort de Sally Hayfron des suites d’une maladie, Robert Mugabe épouse Grace Marufu. En 1997, cette dernière donne naissance à un troisième enfant, Chatunga.

En tant que Première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe a la réputation d’aimer les vêtements et les bijoux de luxe. Ses virées shopping lui valent le surnom de « Gucci Grace ».

Un Guerrier du Sud

Libéré en 1975, il part pour le Mozambique afin de mener une guérilla contre le pouvoir blanc depuis cette base arrière. Il prend la tête de la branche militaire de la ZANU. La guerre civile dure de 1975 à 1979 et fait au moins 30 000 morts. Des négociations ont lieu à Londres entre les représentants de la guérilla et le pouvoir blanc dirigé par le premier ministre Ian Smith. Elles s’achèvent en 1979 par les accords de Lancaster House. Ils conduisent à la fin de la guerre civile et prévoient des élections législatives en 1980. La ZANU de Mugabe les remporte avec une très nette majorité.

Le 18 avril 1980, Mugabe devient le premier ministre du nouvel Etat devenu indépendant sous le nom de Zimbabwe. Il compose alors un gouvernement de coalition regroupant la ZANU et la ZAPU. Les Blancs sont bien représentés au Parlement : 20 % des sièges leur sont réservés alors qu’ils ne représentent que 3 % de la population. Une fois élu, Mugabe prend des mesures pour améliorer le niveau de vie de la population. Il lance surtout une réforme agraire. Les premières expropriations de terres possédées par des Blancs provoquent une catastrophe agricole. Les terres expropriées sont données à des fidèles du régime qui n’ont pas les connaissances et les techniques pour les exploiter.

En 1987, la ZANU et la ZAPU fusionnent en une ZANU-PF (ZANU-Front patriotique). Mugabe en prend le contrôle et est élu en décembre président du pays, instaurant un régime autoritaire. Les Blancs perdent ce qui leur restait de pouvoir et commencent à fuir massivement le pays. Dans ce contexte, Mugabe est réélu deux fois à la présidence du pays, en 1990 et 1996.

En 2002, Robert Mugabe gagne à nouveau l’élection présidentielle, mais celle-ci est contestée en raison de possibles fraudes. La communauté internationale réagit et instaure des sanctions. Le pays est exclu du Commonwealth.

Des billets de 100 milliards de dollars zimbabwéens

De nouvelles élections, présidentielle et législatives ont lieu en mars 2008. Mugabe est réélu. Mais la situation du pays ne s’arrange pas et l’économie s’enfonce dans la crise. Elle plonge dans l’hyperinflation et de nombreux produits, notamment alimentaires, font défaut. Des billets de 100 milliards de dollars zimbabwéens sont même émis. La population recourt à une économie de troc, qui est entravée par la pénurie d’essence.

Mugabe est contraint, par la pression internationale, d’ouvrir son pouvoir. Tsvangirai devient le premier ministre d’un gouvernement d’union nationale en février 2009. Mais les tensions sont fortes au sein de l’exécutif. En 2013, un nouveau scrutin présidentiel a lieu qui permet à Mugabe d’être réélu.

Contre l’homosexualité

Il a toujours affiché sa vive opposition à l’homosexualité, traitant les homosexuels de « porcs » ou de « chiens », et appelant la population à les dénoncer et les livrer à la police. Présentant l’homosexualité comme « un péché contre nature », il s’est encore radicalisé entre 2008 et 2012, appelant à « castrer les homosexuels », ou à les décapiter.

Lors de la campagne des élections de 2013, il a promis que, s’il était élu, il « ferait vivre un enfer aux homosexuels ». Il critique systématiquement l’avancée des droits pour les homosexuels dans les autres pays africains, ou européens, en particulier lors des débats sur l’ouverture du mariage homosexuel.

Mugabe souhaite que sa femme, Grace, lui succède. Lorsque celle-ci demande publiquement, le 5 novembre 2017, que Mugabe lui laisse le pouvoir, l’armée intervient. Les deux époux sont placés en résidence surveillée. Une procédure de destitution est lancée contre Robert Mugabe, qui démissionne le 21 novembre 2017 ,.

Lors de sa prestation de serment, Emmerson Mnangagwa promet de rompre avec l’ancien régime tout en reconnaissant Robert Mugabe comme le « père de la nation ». Le 27 novembre 2017, le nouveau président fait du 21 février, jour de l’anniversaire de Robert Mugabe, un jour férié appelé « Journée de la jeunesse Robert Gabriel Mugabe ».

Plusieurs jours de deuil national sont décrétés, jusqu’à ses funérailles, et l’ensemble de la classe politique lui rend hommage.

Emmerson Mnangagwa,:

 « Le camarade Mugabe était une icône de la libération, un panafricaniste qui a consacré sa vie à l’émancipation et à la responsabilisation de son peuple. Sa contribution à l’histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose en paix éternelle. »

Héros national

L’ancien président zimbabwéen a été fait « héros national », a annoncé M. Mnangagwa, qui lui a succédé après un coup de force de l’armée en 2017. La ZANU-PF, au pouvoir depuis 1980,s’est réunie et lui a accordé ce statut « qu’il mérite grandement », a déclaré le chef de l’Etat lors d’une intervention télévisée à Harare, ajoutant que le pays serait en deuil jusqu’aux funérailles.

L’Afrique lui a également rendu hommage, saluant la dimension historique du combattant anticolonialiste plutôt que l’autocrate qui a laissé un pays exsangue après un très long règne. L’un des premiers à réagir, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, a salué un « combattant de la libération et un champion de la cause africaine contre le colonialisme ».

La Chine, très présente sur le continent et dont le président, Xi Jinping, fut en 2015 un des rares chefs d’Etat à effectuer une visite officielle au Zimbabwe, boudé par les dirigeants occidentaux, a rendu hommage à un dirigeant « exceptionnel » qui a « fermement défendu la souveraineté de son pays » et a « activement promu l’amitié […] entre la Chine et l’Afrique », a déclaré le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang. En Russie, autre partenaire du Zimbabwe, le président Vladimir Poutine a souligné que « beaucoup de dates importantes dans l’histoire moderne du Zimbabwe sont liées au nom de Robert Mugabe » 

Le Zimbabwe, en forme longue la République du Zimbabwe, est un pays situé en Afrique australeEnclavé entre les fleuves Zambèze et Limpopo, le pays est entouré au sud par l’Afrique du Sud, le Botswana à l’ouest, le Mozambique à l’est et la Zambie au nord. La capitaleHarare, est située dans le nord-est et possède le statut de ville-province. Y résident 1,6 million d’habitants, 2,8 avec l’aire urbaine, sur les 14,2 que compte le pays, qui possède seize langues officielles dont l’anglais, le shona et le ndébélé comme langues principales. La monnaie était le dollar zimbabwéen jusqu’à son remplacement par le dollar américain et d’autres monnaies à la suite de la crise d’hyperinflation en 2009.

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